Coaching et élan final

Il y a de ces propositions qui ne se refusent pas. Il y a de ces propositions qui nous stimulent. Il y a de ces propositions qui nous nouent le ventre. Et il y a celles qui réunissent ces deux derniers aspects en même temps. C’est là que ça se complique et qu’un élan particulier est demandé.

Il y a plusieurs mois, la proposition de donner un cours de 2 jours « Bases Coaching », à des adultes, m’a été faite. A ce moment-là, ça fait grave boum boum dans mon cœur : Quel plaisir ça doit être de pouvoir transmettre des informations, des connaissances et des partages d’expériences à des participants en soif d’apprentissage ! Quand je m’y projetais, le tableau était beau et si agréable ! Une incroyable possibilité de sortir de ma zone de confort et d’aller découvrir, encore plus loin, qui je suis et ce que je suis capable de faire. Quel joli défi !

C’est à ce moment-là, bien entendu, qu’une belle alerte émotionnelle est montée en moi : stress, crispation et mal de ventre. J’avais le trouillomètre à zéro et aucun élan ! Ce petit rappel de mon égo ou mon intellect (mettez-y le mot qui vous convient), qui vient gentiment me titiller et appuyer sur le bouton qui fait mal : « Qui es-tu Solenne pour te prétendre être capable d’apprendre des choses aux autres ? gozoxxx.com», « Es-tu bien sûre d’avoir les connaissances et l’expérience nécessaire ? », « Il y a tellement de gens qui ferait ça bien mieux que toi ». Problème de légitimité dites-vous ? Syndrome de l’imposteur ? Ha oui effectivement, ça me dit vaguement quelque chose (humhum…)

Après discussion avec des personnes de confiance qui m’ont donné de l’élan, avec celle qui m’offrait cette opportunité et qui, somme toute, n’aurait pas fait cette proposition à quelqu’un qu’il n’estimait pas être capable (du moins je l’espère) ainsi qu’un long dialogue (monologue ?!) avec moi-même, j’ai pris la décision de relever le défi. C’est parti pour un voyage dont je connais la destination mais absolument pas les conditions climatiques.

Je me suis donc lancée dans la rédaction d’un support de cours et j’ai pu constater, à travers les différentes lectures que j’ai faites dans ce cadre, que cela était facile et que j’avais beaucoup de plaisir à le faire ! De ce fait, je me suis découverte une capacité que je n’aurai même pas osé imaginer. Première prise de conscience : en sortant des sentiers battus, non seulement on découvre le trésor tant attendu mais il y a également de fortes probabilités d’en découvrir d’autres, tout au long du chemin, puisque notre regard se porte sur un environnement inconnu.

Ensuite, il a été nécessaire pour moi de « fabriquer » ce cours, en termes de contenu, de rythme, d’exercices, de pause, etc. En d’autres mots, créer un déroulé pédagogique sans aucune connaissance spécifique dans la formation d’adulte, mais entourée des personnes compétentes en la matière qui ont pu m’aiguiller et m’accompagner dans ce processus. Il n’est pas nécessaire de vous dire que mon égo a refait surface à ce moment-là… « Comment Solenne oses-tu continuer dans ce projet sans avoir de formation d’adultes, comment oses-tu ? ». Ce dialogue ne s’est jamais arrêté, j’étais juste capable de le faire taire, par moment. et l’objectif me semblait encore si loin !

Jusqu’à ce vendredi soir. Ce vendredi soir qui annonçait que le lendemain matin, j’allais prendre la casquette de formatrice. Casquette que je n’avais jamais, à ce jour, posée sur ma tête. Là, je me suis pris un train. Non, un TGV en pleine tronche ! Toutes mes croyances limitantes ont resurgi mais puissance mille. Mon égo également, avec tous les symptômes physiques que cela peut engendrer. Comme si je m’apprêtais à faire un saut à l’élastique et que là, j’y étais, je suis sur le bord, tout le matériel est en place et il ne reste plus « qu’à » sauter, à donner l’élan final. C’est cet instant-même qui déterminera toute la suite, à savoir de le faire, ou non. A ce moment-là, justement, je n’avais plus envie. L’élan, je ne voulais pas le donner, je voulais faire marche arrière, ne jamais avoir pris cette décision de tenter quelque chose de différent. J’aurai rêvé de trouver, par magie, un/e autre formateur/trice pour le donner ce fichu module. J’ai lâché prise sur ce stress et ces angoisses qui m’envahissaient et j’ai pleuré à chaudes larmes. C’était un mal pour un bien, ça m’en a libéré d’une certaine manière.

Je ne vous cacherai pas que ces 2 journées de formation n’ont pas été qu’une partie de plaisir : le temps de trouver sa place, son style. De gérer le temps, les questions. De prendre confiance en soi, en ce qu’on dit. Et d’encaisser physiquement le stress vécu qui engendre, chez moi, fatigue et maux d’estomacs.

Cette expérience ne peut que me confirmer, même si je le savais déjà, o combien il peut être difficile, mais VRAIMENT difficile, de sortir de sa zone de confort. Cela nous pousse dans nos retranchements, dans des états émotionnels loin d’être confortables et dans des peurs angoissantes. On se retrouve seul/e, seul/e face à soi-même. Face à nos doutes, à nos craintes, à nos croyances et à la valeur que nous nous portons. L’intensité sera évidemment proportionnelle à l’objectif et à l’importance qu’on lui porte (dans mon cas, importance haute. Avais-je réellement besoin de l’écrire ?!).

Aussi forte sera cette étape, aussi fortes seront les émotions qui la suivront : Je viens de la terminer cette 2ème journée. Je l’ai fait ! Et je l’ai bien fait ! Non, ma prestation n’était pas parfaite, oui il y a des pistes d’amélioration et oui j’ai été stressée et crispée. Mais je l’ai fait et ça, ce n’est pas rien. Je peux être fière de moi, je suis fière de moi, j’ai le droit de le dire et même de l’écrire. Je me sens heureuse, émue et nourrie par tous ces échanges riches. Autant j’ai apporté quelque chose à la vingtaine de participants/es présents/es, autant chacun et chacune d’entre eux/elles m’a permis de grandir et de découvrir tellement de choses en moi ! J’ai une gratitude sincère pour ce que je viens de vivre et de partager. Je ne peux pas encore dire que mon égo avait entièrement tord et que, dorénavant, je n’aurai plus ce type de réflexions mais c’est certain que ce dialogue interne n’aura plus, à l’avenir, un volume aussi élevé et, de ce fait, autant d’impacts émotionnels désagréables. Cela m’a permis, par-contre, de tordre le cou à certaines croyances, ce qui aura des répercussions dans d’autres domaines de ma vie, où elles pouvaient avoir une influence négatives inconscientes.

Je termine ce challenge avec un goût agréable, positif et enivrant, le sentiment d’avoir grandi et de continuer à avancer sur ce chemin qui est le mien. Il est jonché de grosses pierres parfois, tout lisse à d’autres moments. C’est cette variété de couleurs, de reliefs et de difficultés qui lui donne toute sa saveur. Je suis humaine et suis donc composée de toutes les émotions qui vont avec, les bonnes comme les moins confortables. Et que c’est bon !

Vous savez quoi ? La bonne nouvelle dans tout ça, c’est que j’ai envie de recommencer mais chuuuuut, c’est un secret !!!

Et vous alors, c’est quand que vous le donnez cet élan final et que vous vous lancez dans le vide (avec un filet bien entendu) ?

Authentiquement

Solenne